Géopolitiques arctiques : pétrole et routes maritimes au coeur des rivalités régionales ?

Authors: Lasserre, Frédéric
Abstract: la fonte accélérée de la banquise arctique en été laisse entrevoir la possibilité de sa disparition durant cette saison d’ici quinze à soixante ans 1. Les glaces se séparant de plus en plus tôt et se reformant de plus en plus tard, la saison navigable (c'est-à-dire sans banquise compacte, mais avec de la glace dérivante), qui fut longtemps de deux mois et demi, dure désormais trois mois, et peut s’étendre certaines années jusqu’à cinq mois 2. Ce phénomène relance les espoirs d’ouverture des mythiques Passages du Nord-Est et du Nord-Ouest entre l’Asie et l’Europe. Les routes maritimes qui passent respectivement par le Nord de la Sibérie et par l’archipel arctique canadien ne sont-elles pas en effet plus courtes de plus de 7 000 km que celles qui passent par Panama ou par Suez (Fig. 1, 2, 3) ? L’évocation de mers arctiques libres de glaces sur des périodes de plusieurs mois relance également les projets d’exploitation d’hydrocarbures et de minerais tant du côté russe que du côté canadien, avec des perspectives intéressantes en matière de pétrole, de gaz, d’or, de diamants et de nickel. Les médias font régulièrement état des jeux de pouvoir qui se mettent en place actuellement autour de l’Arctique. Certains observateurs parlent d’une « bataille pour le Grand Nord » 3, d’une nouvelle « guerre froide » 4, voire d’une « folle course armée » entre pays côtiers de l’océan Arctique pour le contrôle de ses richesses 5. De tels scénarios catastrophes sont peu crédibles : les enjeux économiques dans la région sont relativement modestes (routes maritimes peu propices au transit, ressources naturelles certes bien réelles mais loin d’être fabuleuses) et il n’est dans ce domaine aucune rivalité qu’une bonne négociation ne pourrait apaiser. Aujourd’hui toutefois, deux questions opposent les pays de l'Arctique : celle tout d'abord du statut des Passages du Nord-Ouest et du Nord-Est dans l’hypothèse d’un accroissement de la navigation (s'agit-il de détroits internationaux ou ces routes maritimes sont-elles sous la souveraineté complète du Canada et de la Russie ?) ; celle ensuite de l'extension de la souveraineté économique sur les plateaux continentaux, au-delà de la ligne des 200 miles marins qui marque la limite des zones économiques exclusives (ZEE). Malgré l’amalgame dont elles font l’objet dans les médias, ces deux questions sont très différentes tant par leurs enjeux que par les alliances, par ailleurs changeantes, qu’elles suscitent.
Document Type: Article de recherche
Issue Date: 1 October 2010
Open Access Date: 27 April 2016
Document version: VoR
Permalink: http://hdl.handle.net/20.500.11794/850
This document was published in: Critique internationale, No4, 131 (2010)
https://doi.org/10.3917/crii.049.0131
Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.)
Alternative version: DOI : 10.3917/crii.049.0131
Collection:Articles publiés dans des revues avec comité de lecture

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