Étude empirique des décisions de la Cour des petites créances en matière de rénovation résidentielle : l’accès au droit, composante essentielle de l’accès à la justice pour les consommateur

Authors: Cumyn, Michelle; Pilarski, Cécile
Abstract: Cet article présente les résultats saillants d’une étude empirique de la jurisprudence de la Cour des petites créances réalisée par l’Association des consommateurs pour la qualité dans la construction. L’étude s’appuie sur l’analyse statistique de données quantitatives issues d’un échantillon représentatif des jugements rendus en 2011 par la Cour en matière de rénovation résidentielle. Les jugements en cette matière représentent environ 8 % de l’ensemble des jugements rendus par la Cour. Le taux de réussite des consommateurs est inférieur à celui des entrepreneurs, même si les consommateurs sont le plus souvent demandeurs et que les demandeurs obtiennent normalement un meilleur taux de réussite que les défendeurs. Dans près des deux tiers des jugements rendus par la Cour, les consommateurs se plaignent de la mauvaise exécution des travaux. Lorsqu’ils échouent, c’est le plus souvent en raison d’un manque de preuves. Les photos et vidéos ont presque autant de valeur que l’expertise, mais ces moyens perdent nettement de leur efficacité en présence d’une contre-expertise de l’entrepreneur. Si la preuve joue un rôle essentiel, le droit semble sous-utilisé. Ainsi, 44 % des décisions rendues par la Cour en matière de rénovation résidentielle ne s’appuient sur aucune loi. La Loi sur la protection du consommateur est invoquée dans seulement 4 % des décisions de l’étude, et les règles du Code civil relatives aux garanties applicables aux ouvrages immobiliers sont citées dans seulement 3 % des décisions. Or, ces règles offrent des protections importantes pour les consommateurs. La deuxième partie de l’article aborde certains enjeux relatifs à l’accès au système de justice et à l’accès au droit, deux composantes essentielles de l’accès à la justice. La Cour des petites créances du Québec se distingue sur plusieurs points de celles des autres provinces canadiennes, notamment en maintenant un seuil de compétence matérielle bas, en restreignant l’accès des personnes morales, sociétés et agences de recouvrement et en empêchant la représentation par avocat. Elle ne mérite pas sa réputation de tribunal de recouvrement pour les entreprises – du moins pas dans le domaine de la rénovation résidentielle – puisque la plupart des jugements étudiés concernent des cas où les consommateurs sont insatisfaits des travaux. Il est encourageant de savoir que les consommateurs n’ont pas besoin de recourir à une expertise pour établir leurs prétentions aux petites créances: ils peuvent le plus souvent se contenter de photos et de vidéos pour démontrer que l’immeuble rénové pré- sente un vice ou une malfaçon. Le juge des petites créances n’étant pas un ministre d’équité, il est surprenant que les jugements ne s’appuient pas davantage sur les lois applicables. Les dispositions du Code civil susceptibles de venir en aide aux consommateurs sont sousutilisées, problème auquel il serait possible de remédier par une meilleure information des intervenants et par une vigilance accrue des juges. La Loi sur la protection du consommateur, qui devrait renforcer les protections du Code civil en les adaptant à la situation des consommateurs, est inaccessible, car elle est d’application et d’interprétation difficiles. Cette loi s’avère particulièrement mal adaptée au domaine de la rénovation résidentielle, situation que le législateur québécois devrait corriger.
This paper presents the salient results of an empirical study conducted by the Association des consommateurs pour la qualité dans la construction, a consumer organization. The study is based on the statistical analysis of quantitative data from a representative sample of Small Claims Court decisions regarding home renovation handed down in 2011. Disputes in this area account for 8 % of the Court’s decisions. Consumers obtain a lower success rate than contractors, even though consumers are more often in the position of plaintiffs, and plaintiffs normally obtain higher success rates than defendants. In nearly two thirds of the Court’s decisions, consumers complain that the renovations were faulty. When they fail, it is usually because of a lack of evidence. Photographs and videos are nearly as effective as an expert witness in supporting consumers’ claims, but expert evidence in favour of contractors has even more impact and substantially reduces consumers’ chances of success. While evidence plays a crucial role in renovation disputes, the law is underutilised. 44 % of the Court’s decisions do not rely on any legal authority. The Consumer Protection Act is cited in 4 % of decisions, while the Civil Code of Québec provisions that contain warrantees against defects in construction and faulty workmanship are cited in 3 % of decisions. Yet they provide significant protections for consumers. The second part of the paper discusses certain issues regarding access to the judicial system and access to law, both essential components of access to justice. The Quebec Small Claims Court distinguishes itself in several respects from those of the other Canadian provinces, notably in maintaining a low monetary limit defining the jurisdiction of the Court, in restricting access by large corporations, partnerships and collection agencies and in excluding attorneys at trial. The Court does not deserve its reputation as a debt collection service for businesses and professionals – at least not in the field of home renovation –, since decisions from our sample were mainly concerned with the quality of renovations and repairs. It is encouraging to note that consumers need not bring expert evidence before the Court: photographs and videos are usually sufficient to establish the existence of a defect or faulty workmanship. It is surprising that the Court’s decisions do not rely consistently on applicable law, since the Quebec Code of Civil Procedure clearly indicates that the Court does not have the power to decide in equity. Our study suggests that consumers and their organisations need to be better informed of Civil Code provisions in their favour and that judges ought to be more vigilant. The Consumer Protection Act, which should reinforce Civil Code rights and remedies by adapting them to the specific needs of consumers, is inaccessible due to difficulties in interpretation. The Act is particularly ill-suited to renovation disputes, a problem which should be addressed by the Quebec legislature.
Este artículo presenta los aspectos más destacados de un estudio empírico de la jurisprudencia de la división de menor cuantía de la Corte de Quebec en materia de renovación residencial llevada a cabo por la Asociación de consumidores por la calidad en la construcción. El estudio se basa en un análisis estadístico de los datos cuantitativos obtenidos de una muestra representativa de las sentencias proferidas por la Corte en el año 2011 en materia de renovación residencial. Las sentencias en este ámbito representan alrededor del 8 % de la totalidad de las sentencias proferidas por la Corte. El índice de éxito de los consumidores es menor al de los empresarios, aun si los consumidores son la mayor de las veces los demandantes y que son estos quienes normalmente obtienen un mejor índice que los demandados. En cerca de dos tercios de las sentencias de la Corte, los consumidores se quejan de la mala ejecución de los trabajos. Cuando pierden la demanda, es debido generalmente a la falta de pruebas. Las fotos y los videos tienen casi tanto valor probatorio como el peritaje pero estos métodos pierden su eficacia frente a un peritaje presentado por el empresario. Si bien la prueba desempeña un rol esencial, el derecho parece subutilizado. De esta manera, el 44 % de las resoluciones dictadas por la corte en materia de renovación residencial no están apoyadas por ninguna ley. La Ley sobre la protección del consumidor se invoca en sólo el 4 % de las decisiones del estudio, y las reglas del Código Civil relativas a las garantías aplicables a los trabajos inmobiliarios se citan en tan solo el 3 % de las decisiones. Sin embargo, estas normas ofrecen protecciones importantes para los consumidores. La segunda parte del artículo analiza algunas cuestiones relacionadas con el acceso al sistema de justicia y el acceso al derecho, dos componentes esenciales del acceso a la justicia. La división de menor cuantía de la Corte de Quebec difiere en varios aspectos de aquellos de las otras provincias canadienses, especialmente manteniendo un umbral de competencia material bajo, restringiendo el acceso de las personas morales, sociedades y agencias de recaudación e impidiendo la representación por abogado. Esta Corte no merece su reputación de Corte de recaudación para las empresas – al menos no en el campo de mejoras para el hogar – puesto que la mayoría de casos estudiados conciernen los casos donde los consumidores están insatisfechos del trabajo. Es alentador saber que los consumidores no tienen necesidad de acudir a un peritaje para fundamentar sus pretensiones de menor cuantía : ellos pueden a menudo conformarse con presentar fotos y vídeos para demostrar que el inmueble renovado presenta un vicio o defecto. No deja de sorprender el hecho de que los juicios no se basen principalmente en las leyes aplicables dado que el Código de Procedimiento Civil de Quebec claramente indica que la Corte no esta facultada para decidir en equidad. Las disposiciones del civil de código que pueden ayudar a los consumidores son subutilizados, un problema que sería posible remediar con una mejor información de los interesados y una mayor vigilancia de los jueces. La ley sobre la protección del consumidor, que debería fortalecer las protecciones del Código Civil adaptándolas a la situación de los consumidores, es inaccesible porque ella es de difícil aplicación e interpretación. Esta ley es particularmente mal adaptada para el campo de renovación residencial, una situación que debe corregir el legislador de Quebec.
Este artigo apresenta os resultados de um estudo empírico da jurisprudência do Juizado Especial realizado pela Associação dos Consumidores pela Qualidade na Construção. O estudo é baseado na análise estatística de dados quantitativos a partir de uma amostra representativa de sentenças proferidas pelo Juizado em 2011, em matéria de reforma residencial. Os julgamentos nesta área representam cerca de 8 % de todas as sentenças proferidas pelo Juizado. A taxa de sucesso dos consumidores é menor do que a dos construtores, mesmo se os consumidores são em sua maioria os autores e que os autores normalmente obtêm uma melhor taxa de sucesso do que os réus. Em cerca de dois terços dos acórdãos do Juizado, os consumidores queixam-se de má qualidade das obras. Quando eles perdem, na maioria das vezes é devido à falta de provas. Fotos e vídeos são quase tão valiosos quanto a perícia, mas estes métodos perdem muito de sua eficácia na presença de um perito do réu. Se a prova tem um papel crucial, o direito parece subutilizado. Assim, 44 % das decisões proferidas pelo Juizado em matéria de reforma residencial não se baseiam em qualquer lei. O Código de Defesa do Consumidor é invocado em apenas 4 % das decisões do estudo, e as regras do Código Civil relativas às garantias aplicaveis às obras imobiliarias são citadas em apenas 3 % das decisões. Entretanto, essas regras fornecem proteções importantes para os consumidores. A segunda parte do artigo aborda algumas questões relacionadas ao acesso ao sistema judiciário e ao acesso ao direito, dois componentes essenciais de acesso à justiça. O Juizado Especial de Quebéque difere em vários aspectos dos de outras províncias canadenses, especialmente por manter um limite de competência material baixo, restringindo o acesso de pessoas jurídicas, empresas e agências de cobrança e impedindo a representação por advogados. Ela não merece sua reputação de jurisdiçao de cobrança para empresas – pelo menos não no campo da reforma residencial – uma vez que a maioria das decisões estudadas dizem respeito a casos onde os consumidores estão insatisfeitos com o trabalho realizado. É encorajador saber que os consumidores não precisam recorrer à peritos para estabelecer as suas reivindicações no Juizado Especial: frequentemente fotos e vídeos são suficientes para demonstrar que o imóvel reformado apresenta vícios ou problemas na qualidade da execução do serviço. O juiz do Juizado Especial nao sendo um ministro da igualdade, é surpreendente que os julgamentos não se baseiem mais nas leis aplicáveis. As disposições do Código Civil capazes de ajudar os consumidores são subutilizadas, um problema que poderia ser resolvido por uma melhor informação das partes e uma vigilância maior dos juízes. O Codigo de Defesa do Consumidor que deveria reforçar as proteções do Código Civil, adaptando-as à situação dos consumidores, é inacessível graças à sua difícil aplicação e interpretação. Aquele se revela particularmente inadequado para o campo de renovação residencial, um problema que o legislador quebequense deveria resolver.
Document Type: Article de recherche
Issue Date: 1 January 2014
Open Access Date: 24 January 2017
Document version: VoR
Permalink: http://hdl.handle.net/20.500.11794/13289
This document was published in: Revue Juridique Themis, Vol. 48 (2), 389–452 (2014)
https://ssl.editionsthemis.com/revue/article-4885--acute-tude-empirique-des-decisions-de-la-cour-des-petites-creances-en-matiere-de-renovation-residentielle-l-acces-au-droit-composante-essentielle-de-l-acces-a-la-justice-pour-les-consommateurs.html
Université de Montréal. Faculté de droit
Collection:Articles publiés dans des revues avec comité de lecture

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